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Pollinisation - ©pixo7000

La première carte de France de l'efficacité de la pollinisation !

Sciences participatives

 

Les chercheurs du Muséum viennent de concevoir pour la première fois une carte de France de l'efficacité du service de pollinisation. Alors qu'une nouvelle étude vient d'annoncer le déclin des insectes dans le monde, ce travail permet d'y voir plus clair sur l'état de ce service écologique, lui aussi menacé.

Après l'étude allemande de 2017 qui témoignait de la disparition inquiétante de la biomasse des insectes volants, voilà qu'un tout nouveau papier vient enfoncer le clou. Selon les résultats d'un laboratoire australien publiés le 10 février dans Biological Conservation, 40 % des espèces d’insectes sont en déclin au niveau mondial. Et depuis trente ans, leur biomasse totale diminue de 2,5 % par an en moyenne.

Parmi eux les abeilles – sauvages et domestiques – les mouches, les bourdons, les papillons, des insectes qui jouent un rôle fondamental dans la pollinisation. Sans ces petits véhicules ailés, 75% des espèces végétales cultivées, comme les arbres fruitiers, ne produiraient pas de fruits. Leur importance est telle que certains cultivateurs, devant la raréfaction des insectes, relâchent artificiellement des mouches ou des bourdons sur les parcelles. Quand la main de l'homme ne vient pas s'y substituer complètement comme cela se produit depuis 20 ans dans les vergers du Sichuan en Chine.

Mais malgré ces connaissances générales, il est difficile de mesurer l'impact de la disparition des insectes sur le service de pollinisation. "Une des méthodes les plus directes consiste à compter les insectes pollinisateurs dans un champ donné, puis à regarder le nombre de graines ou de fruit produits" explique Colin Fontaine, chercheur au Muséum national d'Histoire naturelle et co-auteur de l'étude. Problème : cela prend du temps, et coûte très cher ! Si cette méthodologie apporte une idée de l'efficacité de la pollinisation à un niveau très local, elle ne permet pas d'évaluation à grande échelle.

Une Carte de l’efficacité de la pollinisation

A la demande du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, des chercheurs du Muséum et de l’INRA ont mis en oeuvre une nouvelle mesure de l’efficacité du service de pollinisation. Leur idée : récupérer les chiffres des rendements agricoles de cultures disponibles pour chaque département français. Parmi elles, des cultures dépendantes des pollinisateurs comme les melons ou les courges et mais aussi des cultures indépendantes des pollinisateurs comme le blé, capable de s'autoféconder, ou le maïs pollinisé par le vent. La comparaison des rendements relatifs de ces deux types de culture dans les 95 départements français et sur 10 ans (entre 2000 et 2010) a permis de construire la toute première carte de l'efficacité de la pollinisation à l'échelle nationale. Ce travail a fait l'objet d'une publication dirigée par Gabrielle Martin, récemment docteure au CESCO (Centre d'Ecologie et des Sciences de la COnservation). 

carte service de pollinisation

Carte de l'efficacité du service de pollinisation

« Les valeurs les plus positives (en jaune) indiquent les départements où la pollinisation est la moins problématique […] alors que les valeurs les plus négatives (en bleu) sont associées à des départements où le service de pollinisation est moins bon » expliquent les chercheurs dans la publication. Puis de préciser que l'indicateur reste relatif "Il ne permet pas d’évaluer dans l’absolu si la pollinisation est suffisante ou non, mais il permet de classer les départements entre eux. »

Le sud, plus efficace en termes de pollinisation

Cette carte montre d’abord que des départements connaissent de véritables problèmes de pollinisation. Mais ce qui est frappant, c'est ce gradient Nord-Sud régulier : plus on se rapproche de la méditerranée, plus le service de pollinisation apparaît efficace. "Cela ne veut pas dire pour autant que les départements du Sud qui s'en sortent mieux que les autres ne rencontrent pas de problème. Encore une fois, c'est relatif." prévient Emmanuelle Porcher, chercheuse au Muséum également co-auteure de l'étude.

Pourquoi la pollinisation est-elle plus efficace sur la Côte d’Azur que sur la Côte d’Opale ? Difficile de le savoir précisément. Le climat ? Certains des pollinisateurs, comme les abeilles sauvages, préfèrent effectivement les régions les plus chaudes. Celles-ci seraient plus abondantes et diversifiées sur le pourtour méditerranéen. Sauf que d’autres groupes d'insectes qui participent pleinement à la pollinisation, comme les mouches, préfèrent eux les régions froides du Nord du pays.

Autre hypothèse : les variations de paysage entre Nord et Sud. En effet, l’indice de potentiel de pollinisation européen (“Relative Pollinisation Potential Index”), un autre indice du service de pollinisation, parvient à des résultats similaires. Or, ce dernier, plus indirect encore, combine des informations sur le climat et la disponibilité des habitats naturels pour les insectes pollinisateurs. Calculé à partir de données indépendantes, il laisse donc penser que la richesse des habitats constitue une donnée déterminante dans l'efficacité de la pollinisation. Malgré ces suppositions, difficile de trancher sur les causes des disparités, fait savoir Emmanuelle Porcher :"la chaîne de la pollinisation dépend d'une multitude de facteurs : l'abondance des insectes, leur diversité mais aussi le climat, le paysage, les pratiques agricoles etc. Et tous semblent suivre ce même gradient Nord-Sud."

Enfin, sur les dix années étudiées, les chercheurs remarquent aussi que les cultures dépendantes des insectes pollinisateurs ont des rendements plus instables que les autres. La raison ? "lorsqu'une année le climat est défavorable aux plantes, il l'est aussi pour les pollinisateurs. Les végétaux dépendant des pollinisateurs subissent donc une double peine : climat et pollinisation défavorables"

Melons © savagecat

Les melons sont largement pollinisés par les insectes pollinisateurs. Les fraises le sont partiellement.

 

Vers un outil accessible de suivi des pratiques

ll sera maintenant intéressant de voir si les résultats de cette carte évoluent dans le temps. C'est le prochain travail de l'équipe. Il pourrait révéler l'impact de pratiques agricoles sur la pollinisation au cours du temps. Même chose avec d'autres perturbations comme l'urbanisation, le réchauffement climatique. Ou à l'inverse cet outil pourrait permettre à terme l'évaluation des bénéfices écologiques de restaurations d'habitats ou d'actions de conservation.

Car l'objectif de ces évaluations cartographiques est de rendre accessibles des informations scientifiques à l'ensemble de la société. Et d'attirer l'attention sur la pollinisation et les menaces qui pèsent sur elle dans ce contexte d'érosion dramatique. « A ce rythme-là, d’ici un siècle, il ne restera plus d’insectes sur la planète, alerte Francisco Sanchez-Bayo, l’auteur principal de l’étude australienne. » Rappelons que sans insectes pollinisateurs la production agricole dépendant des pollinisateurs chuterait de 30%.

Hugo.

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