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Bourdons : au printemps les reines cherchent un nid en rase motte

Sciences participatives

 

Attention où vous mettez les pieds ! En ce début de printemps, les reines bourdons se remettent de leur torpeur hivernale, avant d'aller fonder une nouvelle colonie. On sait désormais comment.

 

L’organisation sociale des bourdons ressemble à celle des autres abeilles : ils forment des colonies gouvernées par autant de reines, dont le job consiste à engendrer des ouvrières, quelques mâles et des héritières. Mais contrairement à son homologue domestique, incapable de se nourrir seule et d'élever sa progéniture, la reine bourdon fait preuve d’une réelle indépendance ! Vers la fin de l’été, les femelles fertiles adultes et les mâles quittent le nid, s’accouplent. Seules les futures reines fécondées vont alors survivre à l’hiver, abritées dans un terrier au sol, tandis que le reste de la colonie meurt avec l’arrivée du froid. A l'appel des beaux jours sonne la fin de l’hibernation : il est temps de chercher un site propice à la construction d’un nid, berceau de la future colonie.

Ce qui se passe à la sortie de l’hibernation, lors de l’émergence, reste encore assez flou. Lors des premiers bourdonnements printaniers, on pensait que la jeune souveraine se ruait sur pollen et nectar afin de reconstituer ses réserves de graisse et développer ses ovaires. Tout en cherchant activement un nid, situé à plusieurs kilomètres de son lieu de naissance. On pensait la dispersion très rapide, énergique. Or, une récente étude de l'Université Queen Mary de Londres vient remettre en question cette idée : après l'hibernation, les reines bourdons passeraient en réalité la majeure partie de leur temps à… se reposer.

Dispersion au ras du sol

Pour suivre les déplacements des insectes, les chercheurs ont provoqué chez des bourdons une hibernation artificielle. A leur réveil, de petites antennes radar ont été disposées sur le dos des reines avant de les relâcher sur le terrain. Le suivi a alors commencé. « nous avons pu découvrir un comportement jamais observé auparavant chez les reines bourdons» se réjouit James Makinson, qui a codirigé l'étude. Entre l’émergence de l’hibernation et leur installation dans un nouveau nid, les reines passaient en effet la plupart de leur temps au sol et effectuaient des vols courts dans des directions presque aléatoires. Plus étonnant encore : la plupart s’abstenaient même de se nourrir dans les arbres à proximité, se contentant de se cacher sous les feuilles et dans l’herbe.

Comment interpréter cette torpeur printanière ?  Réponse des chercheurs : « Pendant plusieurs jours les abeilles prennent le temps de se reposer, probablement en raison des faibles réserves d’énergie suite à l’hibernation ». Et cette phase peut-être très longue. De précédentes études concordantes avaient déjà montré que dans les régions tempérées, il fallait environ deux à trois semaines pour que les bourdons trouvent un nouveau nid et commencent à chercher du pollen. On pourrait s’étonner que, malgré ce défaut manifeste d’énergie, la reine s’obstine à implanter son nid aussi loin de son lieu de naissance. Cette capacité de dispersion permet simplement le brassage génétique. Elle aide également les espèces à faire face aux changements qui pourraient survenir dans leur environnement : fragmentation de l'habitat, changement climatique etc. D’où l’importance de ce phénomène que les anglais ont pu apprécier pour la première fois.

Reine_ Bourdons © joseph_woodgate

Les chercheurs ont fixé de petites antennes radar sur le dos des reines pour les suivre

 

Corridors

Or, les bourdons, comme tous les pollinisateurs sauvages, sont menacés par les pressions anthropiques, notamment les pratiques agricoles et l'étalement urbain. Selon les auteurs, une meilleure compréhension de la dispersion permettra d’aider les bourdons, alors très vulnérables, à se reproduire. Car si la future reine ne parvient pas à trouver un nid, bloquée par exemple devant une surface bitumée, c’est toute une colonie qui peut se trouver sacrifiée ! Contrairement aux abeilles domestiques, les bourdons n’essaiment pas, la reine ne quitte pas la ruche escortée par la moitié des ouvrières : la formation d’une colonie repose les reines seules, livrées à elles-mêmes durant plusieurs semaines. Que faire à notre échelle ? Pour les chercheurs, « il serait utile de créer des corridors respectueux des pollinisateurs entre des parcelles de paysages conservées ». Mais aussi de « laisser la végétation tranquille, telle que la litière de feuilles et l’herbe longue, jusqu’à la fin du printemps pour offrir aux reines des endroits sûrs où se reposer. »

Attention donc à l’endroit où vous posez les pieds ! Si vous apercevez au ras du sol une grosse boule de poile au vol erratique, il y a de fortes chances que vous soyez au-dessus d’une reine se remettant tranquillement de son hibernation. Peut-être prospecte-t-elle déjà l’emplacement de son futur royaume. Elle est un peu groggy ? Proposez-lui éventuellement un peu d’eau sucrée, de quoi lui redonner un petit coup de fouet pour accomplir son destin.

 

Et surtout profitez-en pour participer à l’Observatoire des bourdons ! Identifiez l’espèce ou le groupe d’espèces – la reine est plus grosse mais garde les mêmes patrons de couleur que ses congénères –, renouvelez plusieurs comptages et saisissez vos données sur le site : ICI

observatoire-des-bourdons.png

 

Voir la publication : https://www.nature.com/articles/s41598-019-40355-6